Boite à outils

Correcteurs orthographiques et grammaticaux : une aide, oui, mais…

Le présent texte est la mise à jour d’un texte sur l’emploi des correcteurs orthographiques dont la première version remonte à environ dix ans. Depuis,

Antidote a connu plusieurs mises à jour, qui ont contribué à augmenter sa capacité à reconnaître divers types d’erreur qui passaient autrefois inaperçues.

Quant à Word, nous nous contenterons de dire que ses utilisateurs auraient avantage à mieux connaître ce qu’il peut leur apporter comme aide à la rédaction, malgré des limites très évidentes et très rapidement atteintes.

Fonctionnement des correcteurs

Orthographe : ajouts au dictionnaire, non-reconnaissance de certaines erreurs

Tous les correcteurs fonctionnent de la même manière quand il s’agit de vérifier l’orthographe : ils comparent les mots du document à corriger avec ceux qui figurent dans leur dictionnaire. Ce dernier doit comporter toutes les formes possibles de chaque mot : variations en genre et en nombre des noms, adjectifs, déterminants, etc., ainsi que les formes verbales conjuguées à toutes les personnes et à tous les temps.

 

Le dictionnaire reste cependant un ensemble fini de mots, correspondant à ce qu’on pourrait appeler un « dictionnaire général ». Il ne comporte pas la terminologie spécialisée en usage dans les diverses disciplines universitaires, et peu de noms propres y sont répertoriés. Tous les mots qui ne sont pas dans le dictionnaire, soit termes spécialisés, soit noms propres figurant en note ou en bibliographie, peuvent donc être soulignés comme erreurs potentielles.

 

Heureusement, tous les logiciels de correction permettent aux utilisateurs d’ajouter à leur dictionnaire les mots qui ne s’y trouvent pas, et dont l’orthographe peut ensuite être vérifiée.

 

Attention aux coquilles : en effet, à moins qu’elle n’enfreigne aussi une règle de grammaire, une erreur d’orthographe peut ne pas être détectée si la forme erronée correspond à un mot du dictionnaire. Ainsi, une erreur banale comme la suivante n’est pas détectée :

*Nom, il n’est pas ici.

Grammaire : des phrases bien structurées, s’il vous plaît…

La vérification grammaticale se fait par l’analyse des phrases, c’est-à-dire des séquences de mots séparées par des ponctuations fortes. L’analyse se fait mot par mot et combine déterminants, adjectifs et noms, sujets et verbes, etc., pour en vérifier les accords. La différence entre les capacités d’analyse de Word et celle de logiciels dédiés comme Antidote ou ProLexis est ici énorme.

*Les étudiantes sont venue à tous les ateliers.

*Les étudiantes [qui sont venue à l’atelier hier] sont repartie en oubliant leurs documents.

Word peut souligner l’erreur d’accord dans une phrase simple comme la première ci-dessus, mais doit rendre les armes devant une phrase plus complexe comme la deuxième, dans laquelle seul le participe repartie est souligné comme erreur. Antidote arrive facilement à analyser et à corriger les deux phrases.

 

L’un des obstacles importants au repérage d’erreurs pour les logiciels est le passage d’une phrase à l’autre lorsqu'il y a reprise des éléments de la première phrase sous forme de pronoms dans la deuxième.

Les analyses sont terminées. *Les étudiants les ont vérifiés.

Les dictées sont corrigées. *Je les ai distribués.

Il y a encore quelques années, Antidote ne pouvait faire le lien entre le pronom les de ces phrases et le sujet féminin des phrases précédentes, et ne pouvait donc souligner comme erreur l’accord au masculin pluriel des participes vérifiés et distribués. Depuis 2009, la version AntidoteHD avait amélioré sa performance sur ce plan, mais la détection n’était pas systématique : curieusement, le logiciel aurait souligné le mauvais accord de vérifiés, mais pas celui de distribués.

Dans sa dernière version, Antidote 8 règle ce problème en le reportant sur les rédacteurs : dès qu’une phrase comporte un pronom complément susceptible de faire varier en genre un participe passé, il souligne le pronom pour alerter l’utilisateur, à qui il laisse la décision finale d’accorder ou non le participe.

Attention! Une phrase très longue, mal construite ou comportant une ponctuation mal placée rend le correcteur inefficace. Incapable d’analyser la phrase, il ne peut en relever les erreurs. Il arrive aussi que le correcteur – quel qu’il soit – « détecte » des erreurs là où il n’y en a pas ou suggère des corrections inappropriées. On ne peut donc pas toujours se fier à son analyse.

Vocabulaire : le problème du sens

Les rédacteurs d'Antidote ont enrichi l’analyse de son lexique de façon à lui permettre de détecter des anglicismes (*faire application), des impropriétés (*débuter un travail) ou même des pléonasmes (*bip sonore), mais il ne peut faire l’analyse du sens. En conséquence, un mauvais choix de mot, comme dans les exemples ci-dessous, adaptés de phrases lues dans des travaux d’étudiants, peut passer tout à fait inaperçu :

 

*Il faut développer des variétés de céréales perfectionnées (adaptées) au climat.

*Les gens qui fument aggravent (nuisent à) leur santé.

Cette incapacité des correcteurs à comprendre le sens des mots a des implications dans la correction « grammaticale ». Considérons les phrases suivantes :

 

*Étant malade, son cours est annulé.

Étant malade, il a annulé son cours.

*Il est écrit sur le site qu’il se peut qu’on aille (ait) à rédiger un texte.

La première phrase est incorrecte parce que dans une construction de ce type, le sujet du participe présent (étant) doit être le même que celui de la phrase (est annulé). Or, son cours ne peut pas être le sujet de étant malade. L’erreur est corrigée dans la seconde phrase. Dans la troisième phrase, le subjonctif du verbe avoir (ait) a été confondu avec celui du verbe aller (aille). Pour détecter ces erreurs, il aurait fallu que le logiciel comprenne qu’un cours ne peut être malade et qu’on ne peut pas « *aller à rédiger », mais qu’on peut « avoir à rédiger ».

Le sens échappe aux correcteurs, ce qui réduit considérablement leur capacité à corriger réellement un texte.

Aide à la rédaction

Là où les logiciels dédiés à la correction apportent une aide inestimable, cependant, c’est dans la masse d’information qu’ils fournissent aux rédacteurs sous forme de dictionnaires et de grammaires. Des liens contextuels permettent aux utilisateurs d’accéder, entre autres, à des définitions, à des synonymes, à l’histoire des mots, aux règles grammaticales, à la conjugaison complète des verbes, aux règles de typographie.

Avec ses prismes de révision, Antidote peut aussi mettre en évidence des éléments particuliers des textes, comme les répétitions, les données chiffrées, l’emploi des liens et charnières entre les éléments, etc.

Conclusion

Il est clair que les logiciels de correction ont des limites : aucun ne repère toutes les erreurs et, dans certains contextes, ils peuvent suggérer des corrections inutiles ou même farfelues. Leur utilisation ne doit donc jamais remplacer la relecture attentive d’un texte.

Ne nous empêchons toutefois pas d’y recourir, car ils apportent un précieux soutien au travail de rédaction.

Décembre 2012

© Centre de communication écrite. Communiquez avec nous.