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Correcteurs orthographiques et grammaticaux : une aide, oui, mais…

S’il est des personnes qui ne conçoivent plus de rédiger sans recourir à un logiciel de correction, il y en a beaucoup d’autres qui jugent ces outils inefficaces. Nous faisons ici le point sur cette question en décrivant les caractéristiques des deux catégories de logiciels de correction orthographique et grammaticale (ou « correcticiels » ou encore, plus simplement, « correcteurs »), soit le correcteur intégré au traitement de texte Word pour Windows et les logiciels indépendants Correcteur 101 et Antidote.

Peu de gens recourent à toutes les ressources du correcteur intégré au traitement de texte Word. Certes, sa capacité d’analyse des phrases et de repérage d’erreurs est limitée, mais il offre des possibilités d’aide à la rédaction et à la correction, notamment par le recours à la correction automatique, qui n’existent pas dans les logiciels indépendants, le Correcteur 101 et Antidote.

Ces derniers, de leur côté, attirent l’attention de l’usager sur des erreurs grammaticales beaucoup plus subtiles que ne le peut le premier, et leurs ressources d’aide contextuelle sont nettement plus riches.

Toutefois, tous ces outils ont une limite commune : leur incapacité à analyser et à comprendre le sens des mots d’un texte.

Comment fonctionnent les correcteurs?

Comprendre le fonctionnement des correcteurs permet d’anticiper leurs limites et de ne pas en attendre une aide qu’ils ne peuvent fournir.

Vérification orthographique

Le correcteur compare les « mots » d’un fichier, c’est-à-dire des séquences de lettres séparées par des espaces ou des signes de ponctuation, avec les séquences qui sont contenues dans son dictionnaire. Le dictionnaire du correcteur comporte toutes les formes possibles des mots : les variations en genre et en nombre des noms, adjectifs, déterminants, etc., et les formes conjuguées à tous les temps des verbes.

On imagine facilement les limites de ces outils, décrits par les fabricants comme des dictionnaires « généraux » : le nombre de formes recensées est forcément limité, et toute forme qui ne figure pas dans la liste du dictionnaire sera soulignée comme erreur possible, qu’elle soit correcte ou non; de plus, dans la plupart des cas, ni les noms propres, ni les mots d’une autre langue ne sont reconnus.

Ce sont là des limites sérieuses pour les étudiants et les professeurs, qui ont souvent recours à une terminologie qui ne figure pas au dictionnaire général, citent abondamment les chercheurs qui ont publié dans leur discipline et doivent parfois rédiger dans une autre langue, notamment l’anglais.

De plus, à moins qu’elle n’enfreigne une règle de grammaire évidente, une forme erronée qui figure dans le dictionnaire du logiciel ne sera pas détectée, de sorte qu’une erreur comme la suivante passe inaperçue lors de la correction orthographique :

* Nom, je ne l’ai pas vu.

Heureusement, tous les logiciels de correction donnent aux utilisateurs la possibilité d’enrichir leur dictionnaire.

Correction grammaticale

La vérification grammaticale se fait par l’analyse des « phrases », c’est-à-dire des séquences de mots séparées par des ponctuations fortes. Tous les logiciels analysent ces séquences mot par mot et combinent déterminants et noms, adjectifs et noms, sujets et verbes, etc., pour en vérifier les accords.

Du point de vue de la grammaire, dont la vérification est beaucoup plus complexe que celle de l’orthographe, les limites sont fonction de la capacité d’analyse des logiciels. Ici, la différence entre Word et les deux autres logiciels est très grande, la performance de ces derniers étant nettement supérieure à celle du premier.

Ainsi, dès qu’une phrase comporte plus d’une proposition, elle risque de dépasser les capacités d’analyse de Word. Par exemple, dans la phrase suivante, Word ne reconnaît comme erreur que le second participe passé, alors que la forme erronée de celui de la proposition (phrase) relative passe inaperçue.

*Les étudiantes qui sont venu hier à l’atelier sont partie en oubliant leurs documents.

Antidote et le Correcteur 101, quant à eux, reconnaissent facilement les deux erreurs contenues dans cette phrase et proposent une correction appropriée.

Cependant, la grande faiblesse des correcteurs est qu’ils analysent phrase par phrase et ne peuvent lier un pronom à son référent si ce dernier n’est pas dans la même phrase.

Dans l’exemple très simple ci-dessous, aucun correcteur ne reconnaît l’erreur, pourtant évidente :

Ces étudiantes sont venues à l’atelier. * Je les ai vus.

Le recours aux pronoms pour éviter la répétition d’une phrase à l’autre est un mécanisme de base du français, auquel tout rédacteur ou toute rédactrice se doit de recourir régulièrement. L’incapacité des correcteurs d’en tenir compte dans la révision d’un texte impose donc à l’utilisateur de revoir lui-même les accords de ses participes passés dès qu’une phrase comporte des pronoms compléments directs.

Il faut aussi souligner que les correcteurs deviennent totalement inefficaces devant une phrase mal construite ou mal ponctuée. Cela est d’ailleurs tout à fait normal : ces logiciels font l’analyse logique des phrases; dans une phrase mal construite, ils ne peuvent attribuer de fonction à certains éléments et ne peuvent, par conséquent, effectuer les vérifications correspondant à leur module de règles grammaticales.

Dans de tels contextes, les logiciels comme le Correcteur 101 ou Antidote se disent incapables d’analyser la phrase ou suggèrent des modifications dont les résultats sont farfelus.

Problème de sens

Si certains logiciels peuvent reconnaître des anglicismes, parce que ces expressions sont incluses dans leur module grammatical avec une marque appropriée et une suggestion de remplacement, ils sont rarement efficaces pour la correction des barbarismes, sauf les plus fréquents. Ainsi, dans les phrases ci-dessous, adaptées de phrases lues dans des travaux d’étudiants, aucun correcteur ne souligne l’impropriété de l’emploi de « perfectionnées » et de « encourus dans », qui auraient dû être remplacés par « adaptées » et « survenus au cours de ».

* Il faut développer des variétés de céréales perfectionnées au climat.

* Les événements encourus dans cette période historique nous font réfléchir.

Cette incapacité des correcteurs à comprendre le sens des mots a des implications dans la correction grammaticale. Considérons les phrases suivantes :

* En lisant ce livre, plusieurs erreurs de grammaire m’ont sauté aux yeux.

En lisant ce livre, j’ai vu plusieurs erreurs de grammaire.

La première phrase est agrammaticale parce que « plusieurs erreurs de grammaire » ne peut être sujet d’« en lisant ». La faute est corrigée dans la seconde phrase. À l’analyse, toutefois, les deux phrases ont à peu de chose près la même structure : le fait que les erreurs ne puissent lire relève du sens, qui échappe aux correcteurs. Cela réduit considérablement leur capacité de révision d’un texte.

Conclusion

En conclusion, il est clair que les correcteurs ont d’importantes limites : aucun ne repère toutes les erreurs et, dans plusieurs contextes, ils suggèrent des corrections inutiles ou même farfelues. Leur utilisation ne doit donc jamais remplacer la relecture attentive d’un texte. Cela ne doit toutefois pas nous empêcher d’y recourir, car ils peuvent rendre de grands services.

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