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Pour guider son lecteur d’une main sûre : les marqueurs de relation et les organisateurs textuels

 

 

La langue française regorge de mots et de locutions qui nous permettent, si nous les utilisons adéquatement, d’exprimer nos idées et nos émotions avec clarté, précision, subtilité, humour ou poésie. Cependant, aussi remarquables soient-elles, nos idées ne peuvent être porteuses de sens que si elles sont correctement liées ou enchaînées et regroupées dans un ensemble textuel cohérent et bien organisé. Plusieurs éléments peuvent contribuer à la cohérence et à l’organisation du texte. Parmi les plus importants, retenons :

Dans le texte qui suit, nous nous arrêterons successivement à deux des éléments de cohérence et d’organisation du texte : les marqueurs de relation et les organisateurs textuels, que l’on peut aussi regrouper sous l’appellation de connecteurs.

Plan de la partie théorique

  1. Les marqueurs de relation
    1. Qu’est-ce qu’un marqueur de relation?
    2. Quels mots sont des marqueurs de relation?
    3. Cohérence et sens des énoncés : fonction sémantique
    4. Quand le marqueur de relation est-il essentiel?
    5. Quand le marqueur de relation est-il superflu?
    6. Quels types de relation les marqueurs expriment-ils?
    7. Le marqueur de relation n’a-t-il qu’un sens?
    8. Comment choisir le marqueur de relation approprié?
  2. Les organisateurs textuels
    1. Qu’est-ce qu’un organisateur textuel?
    2. Les marqueurs de relation sont-ils des organisateurs textuels?
    3. Les organisateurs textuels sont-ils toujours en tête de phrase?
    4. Quels types de transitions les organisateurs textuels marquent-ils?

1 Les marqueurs de relation

1.1 Qu’est-ce qu’un marqueur de relation?

Le marqueur de relation est un mot ou groupe de mots dont la fonction dans le discours est d’établir des relations logiques, spatiales ou temporelles entre les phrases. Les marqueurs de relation, en exprimant les liens de sens qu’entretiennent entre elles les idées, assurent la cohérence du texte et jouent, de ce fait, un rôle sémantique important. De plus, lorsqu’ils structurent l’information en marquant les transitions entre les parties d’un texte, les marqueurs de relation occupent, à l’instar de certains autres mots, groupes de mots ou phrases, la fonction d’organisateurs textuels.

1.2 Quels mots sont des marqueurs de relation?

Les marqueurs sont des mots des catégories suivantes :

Certaines expressions courantes (il est vrai que…, cela dit…, admettons que…, convenons-en…, ce qui veut dire…, tout compte fait…, etc.) et d’autres exprimant le temps et l’espace (en 2002, aujourd’hui, en haut, à gauche, etc.) jouent le même rôle sémantique et organisationnel que les marqueurs de relation.

1.3 Cohérence et sens des énoncés : fonction sémantique

 

Considérons les phrases suivantes :

1 Il fait vraiment beau aujourd’hui, il pleuvra demain.

2 Il fait vraiment beau aujourd’hui, donc il pleuvra demain.

L’auteur des phrases 1 et 2 passera assurément pour un pessimiste, car il n’y a pas d’emblée de lien de cause à effet entre le beau temps qu’il fait et le mauvais temps qu’il fera.

3 Il fait vraiment beau aujourd’hui, mais il pleuvra demain.

En revanche, la phrase 3 nous permet d’inférer que son auteur connaît les conditions météorologiques à venir et qu’il met en opposition le beau et le mauvais temps en toute connaissance de cause.

 

Comme nous avons pu le constater dans les phrases 1 et 2, l’absence ou l’utilisation inappropriée d’un marqueur de relation nuisent grandement à la cohérence d’un énoncé. Les marqueurs sont porteurs de sens et ils ont, de ce fait, une fonction importante dans la phrase : la fonction sémantique.

En précisant les relations qui existent entre les différents énoncés d’un texte, les marqueurs permettent au lecteur de traiter l’information reçue avec justesse et de faire les inférences nécessaires à une bonne compréhension de ces énoncés.

 

Considérons les deux énoncés suivants entre lesquels nous souhaitons établir des liens de sens.

Simon est parti. - Madeleine se sent mieux.

Selon le rapport sémantique que nous souhaitons exprimer, nous choisirons, pour unir ces deux énoncés, un marqueur de relation différent.

Supposons que la présence de Simon indisposait Madeleine.

4 Madeleine se sent mieux, car Simon est parti. (Le départ de Simon est la cause du mieux-être de Madeleine.)

5 Simon est parti, alors Madeleine se sent mieux. (Le fait que Madeleine se sente mieux est la conséquence du départ de Simon.)

Présumons maintenant que Simon ne se serait pas permis de partir si Madeleine ne s’était pas sentie mieux.

6 Simon est parti parce que Madeleine se sentait mieux. (Le mieux-être de Madeleine est la cause du départ de Simon.)

7 Madeleine se sentait mieux, donc Simon est parti. (Le départ de Simon est la conséquence du mieux-être de Madeleine.)

Voyons maintenant quel rapport de sens serait exprimé si nous utilisions le deux-points ou la conjonction et pour unir ces énoncés.

8 Simon est parti : Madeleine se sent mieux.

9 Simon est parti et Madeleine se sent mieux.

L’emploi du deux-points ne serait guère explicite, car ce signe de ponctuation peut annoncer aussi bien une explication qu’une conséquence. L’emploi de la conjonction et laisserait le lecteur tout aussi perplexe : le bien-être de Madeleine survient-il simplement en même temps que le départ de Simon ou est-il une conséquence de celui-ci? Pour traiter l’information des phrases 8 et 9 avec certitude, il faudrait en connaître le contexte. En fait, seul le contexte permettrait au lecteur d’établir, dans les deux cas, le bon rapport de sens.

Le choix du marqueur peut donc modifier le sens des énoncés qu’il unit et faire en sorte que ceux-ci soient bien interprétés ou non.

 

Il est donc très important, lorsqu’on utilise un marqueur de relation, de s’assurer qu’il ne permet qu’une seule interprétation de l’énoncé, sauf si l’on souhaite entretenir l’ambiguïté.

1.4 Quand le marqueur de relation est-il essentiel?

 

Attachons-nous maintenant au texte suivant, qui ne comporte aucun marqueur de relation.

10a A. Le décrochage scolaire, et son effet pernicieux sur la criminalité juvénile, préoccupe de plus en plus les intervenants du secteur de l’éducation. B. Entre septembre 1995 et décembre 2002, la proportion de jeunes ayant déserté les rangs de l’école a diminué de façon notable. C. Cette proportion est trop élevée, surtout si l’on considère qu’un nombre important de jeunes « décrocheurs » n’ont pas terminé la troisième année du secondaire.

En l’absence de liens explicites, l’énoncé B. est plutôt inattendu, compte tenu de la première phrase. De plus, le constat négatif de l’énoncé C. ne paraît pas constituer une suite logique à l’amélioration dont il est question dans l’énoncé B. Pour rendre cet extrait cohérent, il faut lui ajouter des marqueurs de relation.

10b Le décrochage scolaire, et son effet pernicieux sur la criminalité juvénile, préoccupe de plus en plus les intervenants du secteur de l’éducation. Bien sûr (ou Certes), entre septembre 1995 et décembre 2002, la proportion de jeunes ayant déserté les rangs de l’école a diminué de façon notable. Cependant, cette proportion est trop élevée, surtout si l’on considère qu’un nombre important de jeunes « décrocheurs » n’ont pas terminé la troisième année du secondaire.

10c Le décrochage scolaire, et son effet pernicieux sur la criminalité juvénile, préoccupe de plus en plus les intervenants du secteur de l’éducation. Bien que la proportion de jeunes ayant déserté les rangs de l’école ait diminué de façon notable entre septembre 1995 et décembre 2002, elle est trop élevée, surtout si l’on considère qu’un nombre important de jeunes « décrocheurs » n’ont pas terminé la troisième année du secondaire.

 

Les paragraphes 10b et 10c prouvent bien que la présence de marqueurs adéquats peut rendre un texte cohérent et intelligible. Lorsque les mots de relation sont ainsi nécessaires pour assurer l’enchaînement logique des idées, on dit qu’ils sont essentiels.

Les exemples 10b et 10c illustrent le fait que l’emploi, comme marqueur, d’un subordonnant plutôt que d’un coordonnant influence la construction syntaxique des énoncés qui suivent. Dans l’extrait 10c, par exemple, l’utilisation du subordonnant bien que rend obligatoires l’emploi du subjonctif et l’union des énoncés B. et C. dans une même phrase. Cette union rend d’ailleurs explicite leur relation logique et inutile l’emploi d’un deuxième marqueur.

En revanche, dans l’extrait 10b, le fait que les énoncés B. et C. demeurent indépendants encourage l’emploi de la conjonction cependant qui marquera clairement la relation d’opposition qui les lie. Ce marqueur aurait par ailleurs pu occuper une autre place dans la phrase : « Cette proportion est cependant trop élevée. ».

1.5 Quand le marqueur de relation est-il superflu?

Bien que l’absence de marqueurs adéquats puisse rendre un texte inintelligible ou faire en sorte qu’il soit mal interprété, il n’est pas toujours nécessaire de marquer explicitement le lien qui unit deux énoncés. En effet, la connaissance de certaines réalités peut permettre au lecteur de pallier l’absence de connecteurs.

 

Dans les phrases suivantes, la relation qui unit les deux propositions n’a pas besoin d’être explicitement signalée pour être comprise.

11 Je suis très contente : j’ai réussi mon examen.

12 Je ne me sens vraiment pas bien : je vais me rendre à la clinique.

Il serait inutile de remplacer le deux-points par un marqueur de relation exprimant l’explication entre les deux énoncés de la phrase 11 ou la conséquence entre ceux de la phrase 12, car le lecteur fait d’emblée les liens sémantiques appropriés. L’emploi de tels marqueurs serait donc inutile ou superflu.

 

Il ne faut pas abuser des marqueurs de relation, mais s’assurer qu’ils expriment bien le lien de sens existant entre les énoncés.

Le texte suivant illustre bien l’incohérence que peuvent engendrer l’absence, le suremploi ou l’emploi inapproprié de marqueurs.

 

La région gaspésienne

De prime abord, la région de la Gaspésie s’est affirmée comme
région touristique parce qu’elle présente des caractères spécifiques, voire uniques au Québec. Elle se distingue alors par les différentes ethnies qui l’ont peuplée, mais plus particulièrement par les Micmacs, surnommés les « Indiens de la mer », qui occupent la péninsule depuis plus de 2500 ans.

Français, Acadiens, Bretons, Anglais, Jersiais, Écossais, Irlandais et autres peuples y ont trouvé refuge, travail et patrie et ont teinté la péninsule de leurs différentes « parlures ». De plus, une visite sur les quais permet aux visiteurs d’entendre les accents propres à chaque village.

 

Reprenons maintenant ce texte et analysons les marqueurs de relation utilisés.

 

La région gaspésienne

A. De prime abord, la région de la Gaspésie s’est affirmée comme région touristique parce qu’elle présente des caractéristiques spécifiques, voire uniques au Québec.

La locution de prime abord signifie à première vue. Pour que son emploi soit justifié, il faut que la suite du texte présente une restriction ou une opposition qui nous fasse comprendre qu’en y regardant d’un peu plus près, l’énoncé qu’elle introduit ne s’avère pas tout à fait. Il est donc incorrect d’utiliser cette locution si elle n’est pas suivie d’un mais ou d’un cependant qui exprime cette restriction, ce qui n’est pas le cas ici. Le marqueur de prime abord est donc inapproprié et doit être enlevé. De la même façon, il faut éviter d’énoncer d’abord ou premièrement sans les faire suivre de ensuite ou deuxièmement.

B. Elle se distingue alors par les différentes ethnies qui l’ont peuplée, C. mais plus particulièrement par les Micmacs, surnommés les « Indiens de la mer », qui occupent la péninsule depuis plus de 2500 ans.

L’énoncé B. est-il une conséquence ou une illustration de l’énoncé A.? Cet énoncé présente une des caractéristiques de la Gaspésie dont il est question dans l’énoncé A. : il s’agit d’un exemple, d’une illustration de l’énoncé. Un marqueur exprimant l’illustration (notamment, ainsi, entre autres, etc.) serait donc plus pertinent.

L’énoncé C. s’oppose-t-il à l’énoncé B.? Y a-t-il, d’une part, différentes ethnies et, d’autre part, les Micmacs? Il n’y a bien sûr aucune opposition entre ces deux énoncés, et le marqueur d’opposition mais est inutile.

D. Français, Acadiens, Bretons, Anglais, Jersiais, Écossais, Irlandais et autres peuples y ont trouvé refuge, travail et patrie et ont teinté la péninsule de leurs différentes « parlures ».

L’absence de marqueur entre les énoncés C. et D. crée vraiment une incohérence, car le lecteur ne peut percevoir d’emblée le lien de sens qui les unit. Quel est le lien entre les Micmacs qui occupent la péninsule depuis plus de 2500 ans et les peuples mentionnés dans l’énoncé D.? Les Français, les Acadiens et les autres groupes sont-ils des Micmacs? Bien sûr que non! Ils sont des voyageurs venus en Gaspésie après les Micmacs : il est donc important, pour bien indiquer ce rapport temporel, d’utiliser un marqueur de temps (ensuite, plus tard, etc.).

E. De plus, une visite sur les quais permet aux visiteurs d’entendre les accents propres à chaque village.

L’énoncé E. ajoute-t-il un nouvel élément d’information ou est-il une conséquence de l’énoncé D.? Le fait que l’on puisse entendre plusieurs accents sur les quais des villages est une conséquence de l’existence des nombreuses ethnies mentionnées en D. Un marqueur exprimant la conséquence (alors, donc, ainsi, etc.) sera donc plus approprié.

 

Récrivons ce court paragraphe sur la Gaspésie en tenant compte des remarques précédentes.

 

La région gaspésienne

La région de la Gaspésie s’est affirmée comme région touristique
parce qu’elle présente des caractères spécifiques, voire uniques au Québec. Elle se distingue notamment par les différentes ethnies qui l’ont peuplée, plus particulièrement par les Micmacs, surnommés les « Indiens de la mer », qui occupent la péninsule depuis plus de 2500 ans.

Français, Acadiens, Bretons, Anglais, Jersiais, Écossais, Irlandais et autres peuples y ont plus tard trouvé refuge, travail et patrie et ont teinté la péninsule de leurs différentes « parlures ». Une visite sur les quais permet ainsi aux visiteurs d’entendre les accents propres à chaque village.

 

Comme nous pouvons le constater, l’emploi de marqueurs adéquats a redonné à ce texte toute sa cohérence. Nous aurions pu, bien sûr, choisir d’autres marqueurs de relation, puisque plusieurs d’entre eux peuvent exprimer un même lien sémantique, ainsi que l’illustre le tableau suivant.

1.6 Quels types de relation les marqueurs expriment-ils?

Le tableau qui suit énumère les principaux marqueurs de relation, les classe selon le lien de sens qu’ils expriment, précise leur rôle et illustre leur emploi dans de courtes phrases.

Tableau 1 : Typologie des marqueurs de relation

 

Marqueurs Relations exprimées Rôles Exemples
Et, de plus, en outre, également, aussi, de même, puis, etc. Addition Permettent d’ajouter un nouvel élément ou d’en coordonner deux ou plusieurs. Internet est une source inépuisable d’informations. De plus, c’est un remarquable outil de communication.
D’abord, ensuite, enfin, en premier lieu, premièrement, deuxièmement, d’une part … d’autre part, etc. Énumération Permettent d’énumérer des éléments d’importance égale sur le plan sémantique. Internet est une source d’informations facilement accessible. Premièrement, de plus en plus de gens sont « branchés » au bureau ou à la maison. Deuxièmement, ces dernières années, une multitude de cafés Internet ont vu le jour, partout dans le monde.
Mais, cependant, en revanche, en contrepartie, par contre, toutefois, néanmoins, pourtant, or, par ailleurs, bien que, malgré que, etc. Opposition Introduisent une idée contraire à la précédente. La navigation dans Internet offre de nombreuses possibilités. Par contre, elle comporte certains désavantages quant à la qualité de l’information transmise et à l’éthique. La Toile est un outil de communication d’une rare efficacité. Bien sûr, il arrive parfois que le réseau soit débordé et que l’accès au Net soit plus difficile, mais cela n’est quand même pas très fréquent.
Concession Permettent de formuler une réserve, de nuancer une idée émise, d’admettre un autre point de vue, etc.
Restriction Introduisent une idée qui restreint ou atténue l’idée précédente.
En effet, c’est que, c’est-à-dire, en fait, car, grâce à, étant donné que, puisque, comme, parce que, etc. Explication Permettent de développer ou de préciser la pensée. Internet est un instrument de recherches remarquable. En effet, en quelques minutes seulement, l’utilisateur du Net peut accéder à une banque de données parmi les plus riches qui soient.
Cause Annoncent une cause ou une preuve.
Notamment, par exemple, ainsi, etc. Illustration Permettent d’illustrer, de concrétiser la pensée. L’autoroute électronique comporte tout de même certains désavantages. Ainsi, la publicité inonde (pour ne pas dire agresse) littéralement les internautes.
Donc, en conséquence, c’est pourquoi, ainsi, alors, tellement… que, si bien… que, en définitive, enfin, etc. Conséquence Indiquent l’aboutissement d’une idée ou d’une suite d’idées. En 2001, Statistique Canada révélait que 46 % des Québécois naviguaient dans Internet mensuellement. On peut donc présumer, en 2002, que la moitié des Québécois visitent la Toile fréquemment.
Conclusion Marquent la fin d’une démonstration ou d’une suite d’idées.
Bref, en somme, donc, etc. Synthèse Annoncent la synthèse d’un raisonnement ou d’une démonstration. Bien qu’Internet soit perfectible et que la qualité des informations qu’on y retrouve laisse parfois à désirer, de plus en plus de gens s’y abonnent et en découvrent les multiples possibilités. En somme, l’inforoute demeure un merveilleux outil d’information et de communication.
D’abord, après, avant, ensuite, pendant ce temps, plus tard, dès que, comme, etc. Temps Permettent de signaler la simultanéité, l’antériorité ou la postériorité entre les faits ou les situations. En 2001, 46 % des Québécois naviguaient dans Internet mensuellement. On peut maintenant présumer que la moitié des Québécois visitent la Toile fréquemment.

 

La liste des marqueurs et des relations logiques dressée dans ce tableau n’est pas exhaustive. Nous pourrions également y retrouver des marqueurs exprimant le but, la condition, l’alternative, la comparaison, etc. Cependant, même si ce tableau était complet, il ne permettrait pas de déduire systématiquement le lien sémantique exprimé par un marqueur de relation dans une phrase, comme nous le verrons ci-dessous.

1.7 Le marqueur de relation n’a-t-il qu’un sens?

Considérons les trois phrases suivantes.

 

13 Comme Louis partait, Luc arrivait.

14 Comme il pleut, Annie ne sortira pas.

15 Vous agissez comme je le faisais à votre âge.

Le mot comme est ici porteur de trois sens différents. Dans la phrase 13, on pourrait le remplacer par Au moment où : il exprime alors une relation de temps (simultanéité). Dans la phrase 14, on pourrait lui substituer la locution parce que : il indique une cause. Enfin, dans la phrase 15, il marque la comparaison entre deux comportements.

 

Il faut donc prendre garde d’associer de façon systématique un marqueur à une relation logique, car un marqueur de relation peut être porteur de plusieurs sens. De plus, deux marqueurs exprimant la même relation logique ne peuvent pas toujours être utilisés de façon aléatoire.

 

Observons.

16 Grâce aux efforts que vous avez fournis, vous avez réussi.

17 À cause des efforts que vous avez fournis, vous avez réussi.

18 À cause de la pollution, on ne peut plus pêcher dans cette rivière.

19 Grâce à la pollution, on ne peut plus pêcher dans cette rivière.

Les locutions grâce à et à cause de, bien qu’elles expriment toutes deux une relation de cause, ne peuvent être utilisées indifféremment. En effet, la locution grâce à porte en elle une nuance de sens qui nous oblige à l’employer seulement si la cause qu’elle introduit a un effet positif. La phrase 19 est donc incorrecte puisque la pollution a eu, de toute évidence, un effet négatif.

 

1.8 Comment choisir le marqueur de relation approprié?

 

Revenons à l’exemple de la section « Quand le marqueur de relation est-il essentiel? » qui ne comporte aucun marqueur.

A. Le décrochage scolaire, et son effet pernicieux sur la criminalité juvénile, préoccupe de plus en plus les intervenants du secteur de l’éducation. B. Entre septembre 1995 et décembre 2002, la proportion de jeunes ayant déserté les rangs de l’école a diminué de façon notable. C. Cette proportion est trop élevée, surtout si l’on considère qu’un nombre important de jeunes « décrocheurs » n’ont pas terminé la troisième année du secondaire.

Comme nous l’avons dit précédemment, en l’absence de liens explicites, l’énoncé B. semble contredire l’énoncé A. De plus, le constat négatif de l’énoncé C. ne paraît pas constituer une suite logique à l’amélioration dont il est question dans l’énoncé B. Pour rendre cet extrait cohérent, il faudrait lui ajouter des marqueurs de relation. Mais lesquels?

 

Pour choisir judicieusement un marqueur de relation, il convient de faire ce qui suit.

I. Déterminer si l’emploi d’un marqueur est nécessaire ou si la relation logique existant entre les énoncés est évidente pour le lecteur.

II. Si le marqueur est nécessaire, préciser le rapport de sens (relation logique ou temporelle) qu’il doit exprimer.

III. Parmi les marqueurs de relation exprimant ce rapport, choisir le plus judicieux quant à la nuance de sens souhaitée et quant à la structure syntaxique privilégiée.

 

Appliquons maintenant cette démarche aux énoncés A. et B. de l’extrait 10a.

I. Est-il nécessaire d’insérer un marqueur de relation entre les énoncés A. et B.? Oui, puisque sans lien explicite, ces énoncés semblent se contredire et le texte paraît incohérent.

II. Quel rapport de sens ce marqueur doit-il exprimer?

a. L’énoncé B. est-il une cause ou une explication de l’énoncé A.? Non. Les intervenants de l’éducation ne s’inquiètent sûrement pas parce que le décrochage scolaire a diminué!

b. L’énoncé B. est-il une conséquence de l’énoncé A.? Non. La diminution du décrochage scolaire ne peut être un effet de l’inquiétude des enseignants.

c. L’énoncé B. exprime-t-il une idée opposée à celle de l’énoncé A.? Non. Le contraire de l’énoncé A. serait que les intervenants du secteur de l’éducation ne s’inquiètent plus ou s’inquiètent de moins en moins du décrochage scolaire.

d. L’énoncé B. restreint-il ou atténue-t-il l’idée de l’énoncé A.? Oui. La préoccupation croissante des intervenants dont il est question dans l’énoncé A. laisse présager une augmentation du décrochage scolaire alors que l’amélioration mentionnée dans l’énoncé B. restreint cette idée, l’atténue. De plus, dans l’énoncé B., on perçoit que l’auteur concède une certaine amélioration de la situation avant de justifier, dans l’énoncé C., l’inquiétude des intervenants.

Il convient donc d’utiliser, entre les énoncés A. et B., un marqueur de relation exprimant la restriction ou la concession.

III. Parmi les nombreux marqueurs de relation exprimant la restriction ou la concession, lequel choisir? Nous retrouvons entre autres, dans cette catégorie, les marqueurs certes, bien sûr et bien que. Nous pouvons choisir indifféremment l’un des deux premiers puisque le rapport de sens sera exactement le même et que la formulation des énoncés demeurera inchangée.

Le décrochage scolaire, et son effet pernicieux sur la criminalité juvénile, préoccupe de plus en plus les intervenants du secteur de l’éducation. Bien sûr (ou Certes), entre septembre 1995 et décembre 2002, la proportion de jeunes ayant déserté les rangs de l’école a diminué de façon notable. Cependant, cette proportion est trop élevée, surtout si l’on considère qu’un nombre important de jeunes « décrocheurs » n’ont même pas terminé la troisième année du secondaire.

Cependant, comme nous l’avons dit dans la section « Quand le marqueur de relation est-il essentiel? », si nous retenons la locution bien que, la relation logique sera respectée, mais les énoncés B. et C. devront subir des modifications syntaxiques (mode du verbe, ordre des unités linguistiques, lien avec l’énoncé C., etc.).

Le décrochage scolaire, et son effet pernicieux sur la criminalité juvénile, préoccupe de plus en plus les intervenants du secteur de l’éducation. Bien que la proportion de jeunes ayant déserté les rangs de l’école ait diminué de façon notable entre septembre 1995 et décembre 2002, elle est trop élevée, surtout si l’on considère qu’un nombre important de jeunes « décrocheurs » n’ont même pas terminé la troisième année du secondaire.

 

L’emploi adéquat des marqueurs de relation est essentiel à un enchaînement cohérent des idées au niveau de la phrase. Voyons maintenant le rôle des organisateurs textuels.

2 Les organisateurs textuels1

2.1 Qu’est-ce qu’un organisateur textuel?

L’organisateur textuel est un mot, un groupe de mots ou une phrase qui révèle l’articulation d’un texte en marquant les transitions entre ses différentes parties et en soulignant l’ordre et la progression des idées ou des arguments. Les organisateurs textuels sont des éléments essentiels à l’unité du texte, à sa cohérence. Ce sont eux qui guident le lecteur du début à la fin du texte.

2.2 Les marqueurs de relation sont-ils des organisateurs textuels?

Comme nous l’avons dit précédemment, lorsque leur rôle dépasse l’enchaînement des phrases et lorsqu’ils structurent l’information en marquant les transitions entre les parties d’un texte, les marqueurs de relation occupent, à l’instar de certains autres mots, groupes de mots ou phrases, la fonction d’organisateurs textuels. Les marqueurs de relation jouent le plus souvent le rôle d’organisateurs textuels dans des textes à dominante argumentative. En voici un exemple :

 

Texte Articulations du texte
Pourquoi arrêter le progrès? Titre
1. L’autoroute électronique ne cesse de faire de nouveaux adeptes et de gagner en popularité. Malgré cela, un certain nombre d’irréductibles refusent encore d’utiliser cette technologie de pointe. Cette réticence nous paraît excessive et totalement injustifiée, surtout si l’on considère les nombreux aspects positifs du Net. Sujet amené
Sujet posé
Thèse ou prise de position
2. D’abord, Internet est un instrument de recherche remarquable. En effet, en quelques minutes seulement, l’utilisateur de l’autoroute électronique accède à une banque de données parmi les plus riches qui soient. 1er argument qui appuie la thèse
3. Ensuite, la Toile est un outil de communication d’une rare efficacité. Grâce au courrier électronique, deux amoureux temporairement isolés dans des coins diamétralement opposés du globe peuvent communiquer rapidement et facilement. 2argument qui appuie la thèse
4. Bien sûr, certains utilisateurs abusent parfois des plaisirs que procure la navigation dans Internet et y consacrent un peu plus de temps que ne le souhaiterait leur entourage, négligeant ainsi d’autres obligations ou activités. Mais comment résister à une telle ouverture sur le monde? Où trouver autant de réponses, en aussi peu de temps, et tout cela depuis son domicile? Argument concédé

Réfutation
5. En somme, l’inforoute est un merveilleux outil d’information et de communication, pourvu qu’on en use avec modération. Conclusion et reformulation de la thèse

 

Dans ce texte, les grandes parties de l’argumentation (l’argumentation qui appuie la thèse, l’argument concédé, la réfutation et la conclusion) sont introduites par des marqueurs de relation. Ceux-ci assurent les transitions entre les grandes parties du texte et marquent, de ce fait, son articulation générale : ils jouent le rôle d’organisateurs textuels. D’autres marqueurs de relation, tels que en effet (paragr. 2), grâce au (paragr. 3) ou et (paragr. 4) assurent l’enchaînement des idées entre les phrases, mais ne marquent pas les transitions entre les parties du texte ni la progression des idées : ils ne sont donc pas des organisateurs textuels. Il est aussi à noter que chaque partie de l’argumentation précédente, sauf la réfutation, correspond à un changement de paragraphe. La division du texte en paragraphes (ou unités de sens) contribue également à sa cohérence.

2.3 Les organisateurs textuels sont-ils toujours en tête de phrase?

Puisque les organisateurs textuels soulignent l’ordre et la progression des idées et que leur rôle est de marquer les transitions entre ces idées, ils se retrouvent souvent en tête de phrase et même en tête de paragraphe. Cependant, comme c’était le cas dans la partie « réfutation » du texte précédent, ils se retrouvent parfois au cœur d’un paragraphe.

2.4 Quels types de transitions les organisateurs textuels marquent-ils?

Les organisateurs textuels marquent différents types de transitions : de temps ou d’espace; d’énumération, d’ordre ou de succession; d’explication ou de justification; d’opposition ou de concession; de hiérarchisation ou de conclusion. Le tableau qui suit présente quelques-uns des principaux organisateurs textuels et les transitions qu’ils assurent généralement.

Tableau 2 : Typologie des organisateurs textuels

 

Organisateurs textuels Transitions
Puis, ensuite, le lendemain, quelques mois plus tard, depuis ce jour-là, de nos jours, en 1967, au cours du XXe siècle, il y a de cela très longtemps, etc. de temps
À côté, en bas, au bord de la rivière, un peu plus loin, de l’autre côté, plus au nord, en haut, derrière, etc. d’espace ou de lieu
D’abord, dans un premier temps, en premier lieu, premièrement, pour commencer, d’entrée de jeu, ensuite, deuxièmement, d’une part … d’autre part, de plus, en outre, et, enfin, etc. d’énumération, d’ordre ou de succession
Ainsi, autrement dit, en d’autres termes, car, en fait, en effet, c’est pourquoi, c’est-à-dire, en d’autres mots, pour cette raison, puisque, parce que, etc. d’explication ou de justification
Surtout, essentiellement, par-dessus tout, etc. de hiérarchisation
Pourtant, cependant, néanmoins, toutefois, au contraire, par contre, certes, bien que, quoique, bien sûr, quand même, etc. d’opposition, de concession
Donc, ainsi, en somme, finalement, en résumé, pour tout dire, en conclusion, enfin, etc. de conclusion

 

Illustrons maintenant le tableau qui précède dans un court texte légendaire originaire de Saint-Jean-Port-Joli.

 

La coureuse des grèves2

Une vingtaine d’étés durant, tant que les gelées n’empêchaient
pas la navigation, on voyait la Coureuse des grèves remonter la mer
à la barre du jour, son panier d’osier à la main. Elle ramenait tantôt
un canard sauvage, tantôt un fromage fin, du poisson frais ou une baguette de pain de matelot, mais aussi des « présents rares ». Sa maison recelait des trésors : des robes de Chine et d’ailleurs, des bérets basques, du rhum de la Jamaïque, des parfums français, …
Elle n’avait jamais quitté son domaine qui s’étendait jusqu’à la mer, et pourtant, elle connaissait des danses étrangères et pouvait nommer
les ports de nombreux pays du monde.

Elle était toute jeune encore que son père, un ancien marin qui « avait navigué sur les sept mers » au temps de sa jeunesse, lui décrivait déjà des pays où les roses sont en fleurs dans le mois de janvier, où des femmes peu vêtues dansaient sur des sables lumineux, et où l’on charmait les serpents venimeux. Puis, finissait-il toujours par ajouter : « Je me suis marié dans l’automne et j’ai vendu ma goélette dans le printemps ». Depuis que le vieillard était disparu, elle passait les longues saisons froides à se bercer lentement dans la grande chaise de son père, là où, de la fenêtre, il regardait la mer.

Tous les jours, l’été, lorsque le soleil commençait à baisser, habillée d’une robe de soie chatoyante qui sentait l’encens, elle prenait le sentier qui menait à la mer. Arrivée sur la grève, elle y retrouvait des marins de tous les pays qui avaient pris l’habitude de s’arrêter en mer pour rencontrer la Coureuse des grèves de Saint-Jean-Port-Joli.

Cet automne-là, le temps des grandes marées était arrivé mais la Coureuse des grèves ne semblait pas le réaliser; elle continuait à passer ses nuits hors du logis. Et puis un soir, peu de temps après qu’un navire amarré au large eut actionné son cor de brume, elle sauta dans une barque qui fit terre auprès d’elle. On ne la revit
jamais; l’équipage l’avait emmenée dans les « Vieux Pays ».

Peu à peu, la maison tomba en ruine et la forêt recouvrit la petite terre qui menait à la mer. Mais sur la Côte Sud, la Coureuse des grèves vit toujours dans les mémoires.

 

Les indices temporels écrits en caractère gras dans l’extrait précédent sont des organisateurs textuels puisqu’ils marquent les principales articulations de cette séquence narrative : la situation initiale (présentée par une séquence descriptive : Une vingtaine d’étés durant…); les différentes étapes de l’intrigue : élément déclencheur marqué par un retour en arrière (Elle était toute jeune encore), retour au temps de la narration (Depuis que le vieillard était disparu), progression des actions (Tous les jours, l’été, lorsque le soleil commençait à baisser; Cet automne-là), dénouement (Et puis un soir) et, finalement, la situation finale (Peu à peu). Remarquez que la plupart de ces indices sont en début de paragraphe.

En marquant les grandes articulations du texte, les organisateurs textuels permettent au lecteur d’en reconstruire le plan et de reconnaître, de ce fait, sa structure globale ou son organisation. Ils assurent ainsi au lecteur une bonne compréhension du texte, nonobstant sa longueur ou son niveau de difficulté.

Notes

1 Cette section est inspirée de la Grammaire pédagogique du français d’aujourd’hui, chapitre 7 « Les marques d’organisation du texte » et chapitre 8 « L’organisation textuelle », p. 46-58.

2 « La coureuse des grèves » (1990), p. 43.

 

 

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