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Au niveau de

Tiré des Observations grammaticales et terminologiques de Madeleine Sauvé, fiche n° 66, décembre 1976, mise à jour 2002

La locution au niveau de, devenue à la mode au XXe siècle, est employée à tort et à travers dans les contextes les plus variés au lieu d’autres prépositions plus adéquates (Grevisse, 1993, § 1022b, 4, p. 1530). C’est là un exemple typique du phénomène selon lequel on donne des acceptions nouvelles aux locutions toutes faites sans tenir compte du sens des termes qui les composent.

  1. Notion de base
  2. Définitions
  3. Correctif

1. Notion de base

Retenons que la locution au niveau de connote toujours une idée de hauteur. L’expression, employée au propre comme au figuré, signifie essentiellement « être à la hauteur de » ou « être sur la même ligne que ». Le sens même de la locution suppose donc une comparaison entre deux objets (Hanse et Blampain, 2000, p. 383).

2. Définitions

N. B. : Les définitions présentées ci-dessous sont tirées du Nouveau petit Robert.

2.1 Niveau, employé au sens propre

Entendu au sens premier du terme, niveau désigne « un instrument qui sert à donner l’horizontale, à vérifier l’horizontalité » d’une ligne ou d’un plan.

Le niveau est l’un des instruments que l’on trouve ordinairement sur l’établi du menuisier.

Au sens propre, le terme niveau peut aussi désigner « le degré d’élévation, par rapport à un plan horizontal, d’une ligne ou d’un plan qui lui est parallèle ». Dans ce cas, le terme niveau est synonyme du nom hauteur.

Les chaleurs excessives de l’été entraînent une baisse du niveau de l’eau du fleuve.

L’altitude est l’élévation verticale d’un point par rapport au niveau de la mer.

2.2 Niveau, employé au sens figuré

Au sens figuré, le terme niveau désigne également un degré d’élévation, mais il s’agit cette fois d’un degré comparatif touchant des notions abstraites, comme un « degré hiérarchique », « un échelon atteint par une grandeur, par rapport à une base de référence relative à cette grandeur » ou encore des valeurs morales, intellectuelles ou artistiques.

Il va sans dire que l’idée de comparaison peut parfois n’être qu’implicite : ainsi le terme niveau pourra s’employer en parlant de la valeur intellectuelle ou artistique d’une entité prise dans son ensemble.

Les félicitations ont été adressées aux employés de tous les niveaux, depuis le concierge jusqu’au président de l’entreprise.

Le niveau des prix à la consommation monte en flèche depuis des années.

Tout progrès d’ordre culturel, moral ou scientifique contribue à hausser le niveau moyen de la civilisation.

Les psychologues constatent qu’à mesure que certains liens affectifs se tissent entre un thérapeute et son patient, le niveau de confiance de celui-ci augmente.

2.3 Les emplois corrects de la locution au niveau de

À la lumière des définitions que nous venons de passer en revue, il s’avère que seules la deuxième acception du point 2.1 et l’acception du point 2.2 du terme niveau se prêtent au recours à la locution au niveau de, laquelle signifie, tant au sens propre qu’au sens figuré, « à la hauteur de, à la portée de, sur la même ligne que » et suppose donc une comparaison.

Ces cours ne sont pas au niveau des (« à la portée des ») étudiants du premier cycle.

Les étalagistes placent les friandises au niveau des (entendu au sens propre, c’est-à-dire « à la hauteur des ») yeux des enfants.

On exige de chacun qu’il soit au niveau de (« à la hauteur de », entendu au sens figuré) la tâche qui lui est confiée.

Au départ de la course, l’instructeur avait placé les enfants au même niveau (« sur la même ligne »).

En résumé, la locution au niveau de est acceptée quand elle exprime plus ou moins directement une idée de hiérarchie, de rang, d’échelon, de compétence, bref « quand on fait référence à un ensemble qui s’organise hiérarchiquement selon une disposition verticale » (Girodet, 1997, p. 523).

Cette décision doit être prise au niveau des chefs de l’armée.

Ces nominations se décident au niveau des plus hautes autorités.

Au niveau de l’administration municipale, cette taxe provinciale est bien acceptée, mais au niveau des consommateurs, il en va tout autrement.

Toute expression soignée, particulièrement à l’écrit, évitera l’emploi de la locution au niveau de si elle ne représente pas d’idée de hauteur qu’on veut comparer ou, au figuré, celle d’une hiérarchie ou d’une progression. Dans tous les autres cas, on aura recours aux expressions mentionnées ci-après.

3. Correctif

À l’analyse des exemples où figure la locution au niveau de, on constate que dans plusieurs cas on pourrait employer de simples prépositions telles que par, dans ou pour, ou l’une ou l’autre des expressions suivantes : du point de vue de, dans le domaine de, en matière de, pour ce qui est de, en ce qui concerne, au sujet de.

Cette question doit être étudiée par le Conseil de l’Université.

La progression du pourcentage des étudiants se vérifie dans toutes les disciplines.

Pour les membres de l’Association, cette mesure paraît insatisfaisante à plus d’un titre.

Les contraintes budgétaires imposent des rajustements dans le domaine de la gestion universitaire.

Ce rapport a été jugé excellent tant pour ce qui est du fond que de la forme.

Le syndicat des employés entend exprimer son point de vue au sujet des congés mobiles.

Dans le domaine du bénévolat, il y a des progrès à réaliser.

Du point de vue des technocrates, la hausse des impôts est inévitable.

En ce qui concerne les ateliers de français écrit, les étudiants sont enthousiastes.

Chacun pourra juger de son degré d’attirance pour la locution au niveau de en vérifiant avec quelle spontanéité il l’aurait employée dans les exemples présentés ci-dessus.

Bibliographie

GIRODET, Jean (1997). Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés de la langue française, Paris, Larousse-Bordas, coll. « Les référents », 896 p.

GREVISSE, Maurice (1993). Le bon usage, 13e éd. rev. et corr., éd. refond. par André Goosse, Paris/Louvain-la-Neuve, Duculot, xxxvii-1762 p.

HANSE, Joseph et Daniel BLAMPAIN (2000). Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 4e éd., Bruxelles, Duculot, 649 p.

VILLERS, Marie-Éva de (2003). Multidictionnaire de la langue française, 4e éd., Montréal, Québec/Amérique, xxv-1542 p.

Le nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (2006), 40e édition, nouvelle éd. refondue, texte rem. et ampl. sous la dir. de Josette Rey-Debove et d'Alain Rey, Paris, Dictionnaire Le Robert, xlii-2837 p.

Observations grammaticales et terminologiques

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