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Avérer, avéré et s’avérer

Tiré des Observations grammaticales et terminologiques de Madeleine Sauvé, fiche n° 165, mai 1981, mise à jour 2002

L’usage actuel du verbe avérer n’a conservé que le participe passé avéré et la forme pronominale s’avérer. Dans la présente étude, nous ne considérons que ces emplois modernes du verbe, en attirant l’attention sur les problèmes qu’ils occasionnent dans certains cas.

  1. Avérer
  2. Avéré
  3. S’avérer

1 Avérer

Le verbe transitif avérer vient de l’ancien français voir (« vrai »), adjectif, lui-même issu du latin verus. À l’origine, avérer signifiait essentiellement « rendre vrai, avaliser » (Colin, 1994, p. 52) ou encore « reconnaître ou établir comme vrai » (Hanse et Blampain, 2000, p. 87).

Ce biologiste avère les résultats de sa recherche avec brio.

Mais il n’est plus d’usage d’utiliser le verbe avérer dans son sens propre. Les lexicographes qualifient de vieillie l’acception qui en justifierait l’emploi, que certains grammairiens jugent par ailleurs encore acceptable à l’infinitif (Hanse et Blampain, 2000, p. 87).

C’est une hypothèse impossible à avérer.

L’expression avérer un fait, c’est-à-dire « le rendre certain » (NPR), est le seul usage que la langue moderne a retenu. Encore faut-il souligner que cet usage se limite à la langue didactique.

Le témoin prit un malin plaisir à avérer le fait devant le juge.

2 Avéré

Aujourd’hui ne reste en usage que le participe passé du verbe avérer, souvent employé d’ailleurs comme adjectif. Avéré signifie alors « reconnu comme vrai » (Hanse et Blampain, 2000, p. 87).

Il est avéré qu’une telle démarche est vouée à l’échec. (Participe passé)

La plupart des assassins sont des criminels avérés. (Adjectif)

Autre certitude avérée : la Terre tourne autour du Soleil. (Adjectif)

Son argumentation ne s’appuie que sur des faits avérés et publics. (Adjectif)

Les rumeurs qui circulent dans les couloirs sont souvent par la suite avérées. (Paticipe passé)

3 S’avérer

La forme pronominale s’avérer était déjà utilisée au XVIIe siècle au sens premier d’« être reconnu comme vrai ».

Vers la fin du XIXe siècle, la langue littéraire utilise la forme pronominale au sens moderne de « se manifester, apparaître ». Dès lors, le verbe s’avérer s’éloigne peu à peu de son sens premier et se construit, au XXe siècle, avec un attribut (Grevisse, 1993, § 242, p. 326).

Même si certains grammairiens se sont insurgés contre l’emploi abusif du verbe au sens de « se révéler », l’usage moderne a fini par l’imposer « comme un synonyme de se révéler, se montrer, être » (Colin, 1994, p. 52).

3.1 Les définitions du verbe s’avérer

Voici les principales définitions que les lexicographes donnent du verbe s’avérer.

Malgré les nuances de sens que représentent les deux premières définitions, un élément commun s’y retrouve, celui d’une conformité entre la réalité et sa manifestation. Ce qui n’est plus le cas, comme nous le verrons ci-dessous, pour la troisième de ces définitions.

3.2 Comment se construit le verbe s’avérer

La langue moderne utilise le verbe s’avérer dans diverses constructions.

Cette construction engendre parfois des non-sens, des pléonasmes ou des contradictions qui appellent quelques commentaires.

Remarques

 

L’oubli du sens étymologique du verbe s’avérer est généralisé. La construction du verbe s’avérer avec un attribut n’a plus à être remise en question : « [...] elle est utile et enrichit la langue » (Hanse et Blampain, 2000, p. 87).

De grands auteurs emploient le verbe sans se soucier de l’idée de vérité que son étymologie fait ressortir. Ainsi, dans Les mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar, pourtant reconnue comme une puriste, écrit : « Quand tous les calculs compliqués s’avérèrent faux... » (Gallimard, 1980, p. 35).

Mais l’oreille peut être choquée par le rapprochement du verbe s’avérer avec des attributs comme vrai, faux, erroné ou exact. C’est plus une question de style que de logique. On préférera au verbe s’avérer des équivalents qui en atténueront l’effet de pléonasme ou de contresens (Hanse et Blampain, 2000, p. 88).

Le témoignage est apparu vrai (au lieu de *s’est avéré vrai : pléonasme).

La liste de ses biens s’est révélée erronée (au lieu de *s’est avérée erronée : contresens).

Enfin, il convient de dire que le souci de précision et de simplicité devrait inciter à privilégier des équivalents tels que se révéler, se montrer, être, etc., au verbe s’avérer, dans certains contextes.

Ce produit de nettoyage s’est révélé dangereux (plutôt que Ce produit de nettoyage s’est avéré dangereux).

Il nous est apparu comme un chercheur désintéressé (plutôt que Il s’est avéré.)

Cette hypothèse est prometteuse (plutôt que Cette hypothèse s’est avérée.)

Bibliographie

COLIN, Jean-Paul (1994). Dictionnaire des difficultés du français, Paris, Le Robert, coll. « Les Usuels », 676 p.

GREVISSE, Maurice (1993). Le bon usage, 13e éd. rev. et corr., éd. refond. par André Goosse, Paris/Louvain-la-Neuve, Duculot, xxxvii-1762 p.

HANSE, Joseph et Daniel BLAMPAIN (2000). Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 4e éd., Bruxelles, Duculot, 649 p.

Le nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (2006), 40e édition, nouvelle éd. refondue, texte rem. et ampl. sous la dir. de Josette Rey-Debove et d'Alain Rey, Paris, Dictionnaire Le Robert, xlii-2837 p.

YOURCENAR, Marguerite (1980). Mémoires d’Hadrien, Paris, Gallimard, 365 p.

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