Boite à outils

Commencer, débuter et démarrer

Tiré des Observations grammaticales et terminologiques de Madeleine Sauvé, fiche n° 63, novembre 1976, mise à jour 2002

Un certain usage considère indûment les verbes commencer, débuter et démarrer comme des synonymes interchangeables. Bien que leur signification soit parfois très voisine, elle n’est pas pour autant équivalente. De plus, il faut noter que la forme transitive ou intransitive de ces verbes commande des règles de construction strictes auxquelles il faut se conformer.

 

Rappelons qu’un verbe transitif peut se construire avec un complément direct ou indirect. Ex. : Il aime ses parents. (Verbe transitif direct.) Il parle à ses parents. (Verbe transitif indirect.) Un verbe intransitif se construit sans complément direct ou indirect. Ex. : Ils ont erré pendant de longues heures. (Verbe intransitif.)

  1. Commencer
  2. Débuter
  3. Démarrer
  4. Bibliographie

Commencer

Le verbe commencer peut être employé à la forme transitive et à la forme intransitive.

Avant de commencer une discussion, on doit s’entendre sur la définition des termes. (Transitif)

Je commence la journée par une heure de natation. (Transitif)

La séance de l’assemblée a commencé par l’adoption de l’ordre du jour. (Intransitif)

Le roman commence par une longue description du village. (Intransitif)

Débuter

Le verbe intransitif débuter ne s’emploie qu’absolument, c’est-à-dire sans complément, et signifie d’abord : « Faire ses premiers pas dans une activité, une carrière » et « Commencer à paraître (sur la scène, à l’écran, etc.) » (NPR).

Son emploi le plus récent a débuté en 1985.

Une bonne formation universitaire devrait permettre à chaque diplômé de débuter avec succès dans la carrière qu’il a choisie.

Cet artiste a débuté dans une ville de province.

En s’en tenant à ces deux acceptions du verbe débuter, on évite facilement d’employer ce verbe intransitif dans une construction transitive, construction que n’admet pas le bon usage (Péchoin et Dauphin, 2001, p. 160). Le petit Larousse illustré 2003 signale d’ailleurs que l’emploi transitif du verbe débuter est critiqué et de niveau familier.

Cependant, le verbe débuter a aussi le sens de « commencer », en parlant de choses; on peut donc l’employer en ce sens sans faire de faute. Mais, contrairement au verbe commencer, il exige toujours une construction intransitive. Les emplois transitifs de ce verbe sont à bannir, comme dans les exemples suivants : *débuter une émission, un tour de chant, une soirée, une dissertation, un discours, un exposé, un éditorial, etc. On peut corriger ces emplois fautifs en employant les verbes appropriés (commencer, amorcer, entreprendre, etc. [Multi]). On peut aussi réécrire la phrase en respectant la construction intransitive.

L’animateur a ouvert l’émission (et non *a débuté l’émission) par un rappel de la carrière de Louis Lortie.

Nathalie Choquette a commencé son récital (et non *a débuté son récital) par un grand air de diva.

Ils ont entrepris leurs démarches en 1999 (et non *Ils ont débuté leurs démarches en 1999).

Les festivités ont débuté par un feu d’artifice (et non *Un feu d’artifice a débuté les festivités).

L’exposé de Chantal débutait par une citation de Verlaine (et non *Une citation de Verlaine débutait l’exposé de Chantal).

Démarrer

Emplois transitifs

Le verbe démarrer, qui signifie étymologiquement « enlever les amarres », est employé correctement à la forme transitive dans l’expression démarrer un navire et, par analogie, dans les expressions faire démarrer une voiture ou, plus correctement, faire démarrer le moteur d’une voiture.

L’emploi transitif du verbe démarrer, au sens figuré de « commencer, entreprendre », est admis dans le langage familier.

Ce matin, de nombreux automobilistes ont eu du mal à faire démarrer leur voiture.

Nous démarrons lentement le site Web. (Emploi familier)

Emploi intransitif

En dehors des cas mentionnés ci-dessus, l’emploi de démarrer est généralement intransitif.

La reprise économique démarre lentement.

Jacques Villeneuve a démarré en trombe.

Étant donné que la forme transitive du verbe démarrer est généralement réservée à des domaines spécialisés ou au langage familier, il faut en bannir l’emploi dans certaines expressions : *démarrer une entreprise, un entraînement, une télésérie, une séance d’assemblée, etc.

Exemples où le verbe démarrer est remplacé par un verbe plus approprié :

Cette société de recherche lance un nouveau programme.

Le président a ouvert l’assemblée à sept heures précises.

J’ai commencé mon entraînement il y a une semaine.

Radio-Canada programmera une nouvelle série en septembre.

J’ouvrirai mon propre garage le 8 mai prochain.

Bibliographie

GREVISSE, Maurice (1993). Le bon usage, 13e éd. rev. et corr., éd. refond. par André Goosse, Paris/Louvain-la-Neuve, Duculot, xxxvii-1762 p.

Bulletin du Comité de terminologie de l’Université Laval, vol. II, n° 2, 18 décembre 1969, p. 2.

COLIN, Jean-Paul (1994). Dictionnaire des difficultés du français, Paris, Le Robert, coll. « Les Usuels », 676 p.

DOURNON, François (1994). Le Robert. Dictionnaire des mots et formules célèbres, préface par Alain Rey, Montréal, Éd. Dicorobert, coll. « Les usuels du Robert », xv-405 p.

GIRODET, Jean (1997). Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés de la langue française, Paris, Larousse-Bordas, coll. « Les référents », 896 p.

HANSE, Joseph et Daniel BLAMPAIN (2000). Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 4e éd., Bruxelles, Duculot, 649 p.

LAGANE, René (1995). Difficultés grammaticales, Paris, Larousse/Bordas, coll. « Livres de bord », 160 p.

VILLERS, Marie-Éva de (2003). Multidictionnaire de la langue française, 4e éd., Montréal, Québec/Amérique, xxv-1542 p.

Le nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (2006), 40e édition, nouvelle éd. refondue, texte rem. et ampl. sous la dir. de Josette Rey-Debove et d'Alain Rey, Paris, Dictionnaire Le Robert, xlii-2837 p.

PÉCHOIN, Daniel (dir.) (2001). Dictionnaire des difficultés du français, conseiller éditorial Bernard Dauphin, Paris, Larousse/VUEF, xxviii-659 p.

POUGEOISE, Michel (1998). Dictionnaire de grammaire et des difficultés grammaticales, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus ? Lettres », 436 p.

THOMAS, Adolphe V. (1971). Dictionnaire des difficultés de la langue française, Paris, Larousse, 435 p.

Boite à outils

© Centre de communication écrite, 2010. Communiquez avec nous.