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Effet (locutions)

Tiré des Observations grammaticales et terminologiques de Madeleine Sauvé, fiche n° 11, novembre 1973, et fiche n° 80, mai 1977, mise à jour 2002

Le nom effet a donné naissance aux locutions à l’effet de, à cet effet, en effet. Quant à la locution trop répandue*à l’effet que, elle est le calque de la formule anglaise to the effect that : il faut donc en bannir l’usage.

Nous passerons ici en revue chacune des trois locutions correctes apparaissant ci-dessus, en précisant dans quel contexte on peut les employer. Mais auparavant, nous suggérerons des tournures appropriées pour corriger la locution fautive *à l’effet que.

1. *À l’effet que

La locution *à l’effet que n’est pas française : c’est un calque de l’anglais to the effect that. La phrase donnée ci-dessous en exemple est donc fautive :

La rumeur *à l’effet que le maire veut démissionner est fausse.

Comme on peut le voir dans cet exemple, la locution *à l’effet que est utilisée pour lier le substantif rumeur à la proposition qui s’y rattache. Il importe d’indiquer les façons correctes d’assurer cette liaison.

1.1 Liaisons correctes

On peut remplacer *à l’effet que

1.1.1 par la préposition selon suivie d’un relatif.

La nouvelle selon laquelle (et non pas *à l’effet que) le candidat aurait renoncé à ce poste n’a pas été confirmée.

1.1.2 par un participe présent.

La loi établissant que (et non pas *à l’effet que) l’État exerce un contrôle sur ce type d’associations n’a pas encore été votée.

1.1.3 par la conjonction que introduisant « une subordonnée apposée à un nom ou complément d’un nom » (Hanse et Blampain, p. 479).

La nouvelle que (et non pas *à l’effet que) le recteur a démissionné est fausse.

Remarque : Bien que tout à fait correcte, la phrase ainsi corrigée est lourde. On lui préférera la formule plus élégante proposé ci-dessous.

1.1.4 On peut remplacer la proposition qui suivrait l’expression fautive *à l’effet que par un complément déterminatif.

La nouvelle de sa démission est fausse. (à la place de La nouvelle *à l’effet qu’il a démissionné est fausse.)

2. À l’effet de

La locution prépositive à l’effet de est rarement employée dans la langue contemporaine. On l’utilise surtout dans la langue juridique, où elle a d’ailleurs pris naissance. Elle indique un but et signifie pour, afin de, dans le but de, dans l’intention de, aux fins de, en vue de.

Il a eu recours aux services d’un avocat à l’effet de (pour) régler sans délai ce différend.

Le notaire a publié l’avis de règlement de la succession à l’effet de (dans l’intention de) retrouver les héritiers dont il n’a aucune trace.

En dehors du contexte juridique, l’usage de cette locution est vieilli ou affecté (Colin, 1994, p.189). On lui préférera la préposition pour ou l’une ou l’autre des locutions énumérées plus haut.

J’ai préparé cette liste d’invitations pour n’oublier personne.

3. À cet effet

La locution adverbiale à cet effet signifie en vue de cela, en vue de quoi, dans cette intention, pour cet usage. Cette locution se rapporte toujours à un verbe exprimant une action qui vise un résultat.

L’Université de Montréal veut promouvoir la recherche scientifique; à cet effet (c’est-à-dire pour obtenir le résultat escompté : promouvoir la recherche), elle consacre d’importantes ressources à ce secteur d’activités.

Note : Placée en fin de phrase, la locution à cet effet correspond à l’expression anglaise to this effect, qui indique qu’on fait le nécessaire au sujet d’une chose : We hope for better productivity : an effort should be done to this effect.

Nous espérons un meilleur rendement : un effort devra être fourni à cet effet.

Quand le sens le permet, on préférera utiliser les expressions en ce sens ou dans ce sens.

Il a exprimé un avis à cet effet.

ou, mieux encore,

Il a exprimé un avis en ce sens.

Remarques :

1. La locution à cet effet ne peut s’employer pour signifier selon cette manière de penser ou selon cette façon de voir les choses. Pour traduire cette idée, on utilisera l’expression en ce sens ou dans ce sens.

Au cours de sa conférence, le professeur Leroux a démontré que l’avenir de l’Université de Montréal dépend de l’attention qu’elle accordera au renouvellement de ses cadres pédagogiques; le professeur Martin a également pris position en ce sens.

2. L’expression à cet effet ne peut être employée comme attribut signifiant tel. On ne dira pas *son avis est à cet effet, mais bien tel est son avis.

4. En effet

4.1 L’emploi de la locution adverbiale en effet pour remplacer l’adverbe effectivement ainsi que la locution en réalité est aujourd’hui vieilli (NPR, 2000, p.809).

Nicolas connaît bien le problème, en réalité (en effet, vx) il l’a déjà affronté.

4.2 Les emplois modernes

4.2.1 La langue moderne utilise la locution en effet pour confirmer ou accentuer une affirmation. La locution signifie alors assurément ou effectivement considéré comme une synonyme de assurément.

Vous avez reçu le nouvel ordinateur?

– Oui, en effet (effectivement).

Les gens très occupés doivent en effet (assurément) avoir beaucoup de discipline.

4.2.2 En effet sert aussi à introduire une explication. Il a alors le sens de car (NPR, 2000, p. 809).

Lucie est une excellente épée, en effet (car) elle en est à son troisième championnat.

4.3 *Car en effet

L’expression car en effet se justifie dans le cas très rare où en effet signifie dans les faits ou en réalité (Péchoin et Dauphin, p. 97).

Nicolas connaît bien le problème, car en effet (car en réalité) il l’a déjà vécu.

Dans tous les autres cas la formule fait pléonasme puisque car et en effet ont la même valeur sémantique et signifient parce que. Il faut donc remplacer *car en effet par car, en effet, parce que ou par la juxtaposition de deux phrases.

Il ne l’a pas entendu rentrer, parce qu (et non pas *car en effet) il portait son casque d’écoute.

Il se montre fort heureux, en effet (et non pas *car en effet) il a remporté le prix d’excellence.

Il jubilait, il a remporté le prix d’excellence.

Bibliographie

COLIN, Jean-Paul (1994). Dictionnaire des difficultés du français, Paris, Le Robert, coll. « Les Usuels », 676 p.

HANSE, Joseph et Daniel BLAMPAIN (2000). Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 4e éd., Bruxelles, Duculot, 649 p.

Le nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (2006), 40e édition, nouvelle éd. refondue, texte rem. et ampl. sous la dir. de Josette Rey-Debove et d'Alain Rey, Paris, Dictionnaire Le Robert, xlii-2837 p.

PÉCHOIN, Daniel (dir.) (2001). Dictionnaire des difficultés du français, conseiller éditorial Bernard Dauphin, Paris, Larousse/VUEF, xxviii-659 p.

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