Observations grammaticales et terminologiques

Rédigées par Madeleine Sauvé, grammairienne de l’Université de Montréal de 1972 à 1985

Les Observations grammaticales et terminologiques, rédigées de 1972 à 1985 par Madeleine Sauvé, grammairienne de l’Université de Montréal, sont constituées d’un ensemble de 246 « fiches », résultat de réflexions et de recherches sur des problèmes linguistiques courants. À l’époque, elles étaient diffusées non seulement à l’interne, mais aussi, sur abonnement, à l’extérieur de l’établissement. Le CCE tient à assurer la mémoire de ce magnifique travail en publiant sur son site certaines fiches dont les contenus sont toujours pertinents pour la communauté universitaire du 21e siècle.

Mot de Michel Lespérance, secrétaire général de lUniversité de 1983 à 2005

Modestie, compétence et rigueur sont les mots qui viennent à la bouche de ceux et de celles qui ont eu l’immense privilège de consulter régulièrement Madeleine Sauvé, grammairienne de l’Université de Montréal de 1972 à 1991.

Entre septembre 1972 et octobre 1991, Madeleine Sauvé a publié à un rythme variable ses 246 Observations grammaticales et terminologiques. Les sujets traités étaient choisis en fonction des besoins courants de la Direction et des employés de l’Université, des difficultés portées à l’attention de la grammairienne, des demandes explicites d’étude de tel ou tel terme.

Dès le début, les Observations ont été diffusées auprès de tous les membres de la communauté universitaire, doyens et doyennes de faculté, directeurs et directrices de département, professeurs, cadres et professionnels, secrétaires, etc. Par la suite, une distribution externe, avec service d’abonnement, a été offerte, ce qui portait alors à près de 4 000 le tirage de la publication. À compter de 1979, les fiches ont été reliées en cahiers; l’ajout d’un index des sujets permettait d’y trouver rapidement l’information recherchée. En 1985 a pris fin la publication des fiches à l’unité, mais la série des treize cahiers parus est demeurée disponible une dizaine d’années.

Les synthèses de Madeleine Sauvé ont ainsi connu un rayonnement qui a dépassé les cadres du milieu universitaire, comme en témoignent les nombreux ouvrages de langue publiés par la suite au Québec. Ils sont nombreux à citer les fiches et à profiter de l’immense travail fait par la grammairienne.

Bon nombre des Observations portent sur des problèmes de langue qu’éprouvent encore et toujours les rédacteurs et les rédactrices aux prises avec des textes à écrire, d’où la décision du Secrétariat général de confier au Centre de communication écrite le soin de mettre progressivement à jour les fiches et de les rendre de nouveau accessibles dans le Web. Nous espérons ainsi donner à ce travail la place et la diffusion qu’il mérite et fournir aux internautes des outils utiles pour la rédaction.

Michel Lespérance
Secrétaire général
Université de Montréal
2002

Propos en mode rétrospectif

Les Observations grammaticales et terminologiques, dont la publication amorcée au cours de l’année universitaire 1972-1973 s’est poursuivie jusqu’à juin 1985, sont en voie de connaître un rajeunissement insoupçonné, une source inédite de valeur ajoutée.

L’aujourd’hui et, sans doute, l’avenir des Observations s’inscrivent sur la Toile de haute qualité du Centre de communication écrite. J’en suis vivement reconnaissante à la direction et aux professionnelles de ce service.

Regarder mes Observations grammaticales et terminologiques en mode rétrospectif, c’est avouer que ces pages ont d’abord été rédigées comme un aide-mémoire pour le personnel du Secrétariat général, où je venais d’entrer en fonction sous le titre de « grammairien de service ». En poste à mi-temps, je tentais de servir « à plein » grâce à ces modestes écrits nommés « fiches », appellation conservée par la suite.

Factuels à souhait, les thèmes abordés étaient alors, et sont demeurés durant une bonne douzaine d’années, des sujets imposés. Imposés par mon souci d’offrir une documentation pertinente et facile d’accès, à la mesure des lacunes observées dans les textes administratifs courants et les nombreux procès-verbaux que le personnel de l’Université est appelé à écrire. Sujets imposés encore par les problèmes récurrents : accord des participes passés, propriété des termes, moyens de contrer les anglicismes, façon d’éradiquer les usages douteux consacrés par le temps, etc.

Le tirage des Observations est allé en s’accroissant année après année; leur diffusion interne et externe a alourdi les charges afférentes au service; en ces temps, les contraintes budgétaires pesaient lourd; les responsabilités du bureau de la grammairienne augmentaient; le personnel (une grammairienne, deux secrétaires) n’augmentait pas; ainsi, juin 1985 marquera-t-il la fin de la publication périodique.

Vu en mode rétrospectif, l’itinéraire des Observations s’offre comme une démarche heureuse : entreprise stimulante, activité passionnante, moyen privilégié de traduire au quotidien ma ferveur pour l’écriture et, plus profondément encore, ma conviction d’une indissociable unité entre les mots et la pensée.

De l’autre côté du miroir, cette publication garde en clair-obscur l’image d’un défi continuel à relever, en dépit des autres tâches - consultation linguistique, révision de textes, rédaction de tous genres, etc. - accomplies sous un titre qui ne disait pas tout, qui le disait improprement, celui de « grammairienne de l’Université ». Ce titre se retrouve en filigrane sous la forme nouvelle, moderne et enrichie des Observations grammaticales et terminologiques, bellement retissées sur la Toile du Centre de communication écrite de l’Université de Montréal.

Madeleine Sauvé
Auteure des Observations
Grammairienne de l’Université de Montréal à la retraite

Un peu d'histoire

Lorsqu’elle a entrepris le travail de grammairienne de l’Université de Montréal, Madeleine Sauvé ne se doutait peut-être pas de l’ampleur de la tâche qui l’attendait. Docteure et professeure agrégée à la Faculté de théologie, c’est après avoir poursuivi, à l’occasion d’une sabbatique, des études en philosophie du langage à la Sorbonne qu’elle a accepté, en 1972, le poste de grammairienne de l’Université.

En quelque sorte responsable de la qualité du français dans les écrits produits par l’établissement, madame Sauvé entreprend de publier ses Observations grammaticales et terminologiques, qui seront envoyées dans les facultés et départements pour servir de référence à ceux qui doivent concevoir des textes administratifs dans un contexte universitaire. Il y sera question aussi bien des règles d’emploi de la majuscule, des abréviations, de la ponctuation et des règles d’orthographe grammaticale que de la terminologie de l’administration et de la rédaction administrative en général.

Peut-on imaginer faire un tel travail sans recourir à ces outils maintenant si répandus que sont le Multidictionnaire de la langue française, Le français au bureau, Le guide du rédacteur, le logiciel Antidote, ou encore à ces extraordinaires sources d’informations gratuites et accessibles à tous que sont la Banque de dépannage linguistique et le Grand dictionnaire terminologique, de l’Office québécois de la langue française, et Termium, la banque de données terminologiques du gouvernement fédéral?

Les Observations ne se résument pas à des recommandations du type « Ne dites pas… Dites plutôt… », comme on en publiait à l’époque. Au contraire, les problèmes y sont expliqués et les réponses sont justifiées. Armée de dictionnaires de langue tels que, entre autres, le Grand Robert de la langue française, le Grand Larousse de la langue française et le Dictionnaire de la langue française de Littré, d’ouvrages historiques tels que des dictionnaires étymologiques ou des grammaires historiques, pour ce qui concerne la langue en général, mais aussi d’ouvrages spécialisés dans des domaines administratifs spécifiques, Madeleine Sauvé débroussaille, explore, analyse… et conclut sur des recommandations. Ses Observations comportent d’ailleurs toujours une courte introduction dans laquelle on peut lire, par exemple : « L’objet de la présente étude peut être formulé comme suit… » (Fiche n° 130, D’autres), ou encore « Dans la présente étude, nous tenterons de cerner le concept que recouvre ce mot et d’en déterminer en conséquence les principaux emplois » (Fiche no 193, Administration).

En plus des questions de langue en général, madame Sauvé traite de la langue administrative et plus particulièrement de la terminologie en usage dans l’administration universitaire : Admission, entrée (Fiche no 26), Comité consultatif (Fiche no 44), Conférer (Fiche no 231), Congrès, conférence, convention (Fiche no 34), Octroi, subside, subvention (Fiche no 233), Réunion, assemblée, séance (Fiche no 19), Vote, suffrage, voix, scrutin (Fiche no 16). Admettre des étudiants et leur conférer un diplôme, tenir des réunions et des assemblées, organiser des congrès, solliciter des subventions, élire des membres de comité font partie des activités qui se tiennent régulièrement dans une université. La grammairienne a étudié et précisé l’emploi des termes qui s’y rapportent.

Si nous cherchons aujourd’hui la manière correcte d’écrire la date ou l’heure dans un document officiel, il suffit de consulter la référence en ligne de l’Office québécois de la langue française : la réponse est au bout de nos doigts en quelques secondes. En 1972, ce n’est pas aussi simple. Madame Sauvé fait d’abord quelques recommandations basées sur des ouvrages généraux (Fiches no 3 et 4, 1972), mais elle y reviendra en 1978 et, cette fois, s’appuiera sur les normes internationales ISO de 1975 et 1976, de même que sur celles de l’Association canadienne de normalisation et du Bureau de normalisation du Québec de 1978. Rien de moins! Elle en fera autant lorsqu’elle traitera de la manière d’écrire les nombres, toujours en 1978, confirmant que l’on ne devait plus écrire, par exemple, $3,530.50, mais plutôt 3 530,50 $. L’Université officialisera cette pratique dans une Directive concernant la normalisation de l’écriture de la date, de l’heure et des nombres (40.5), adoptée le 26 mai 1978.

La grammairienne de l’Université est une pionnière. En effet, c’est en 1990 que l’Académie française a recommandé à la francophonie les rectifications orthographiques qui, si elles ne sont pas encore totalement entrées dans les mœurs linguistiques, sont tout de même de mieux en mieux acceptées. La publication de 1990 avait évidemment été précédée de nombreux travaux et déjà en 1976, l’Académie, appuyée par le Conseil international de la langue française et le ministère de l’Éducation français, publie une liste de mots touchés par la réforme. Citant les publications de ces organismes, madame Sauvé n’hésite pas à faire siennes ces recommandations dès 1977 (Fiche no 82), heurtant sans doute au passage quelques âmes délicates.

La féminisation des titres et fonctions est venue quelques années plus tard. Lorsqu’elle a commencé ses travaux, en 1972, madame Sauvé signait ses fiches « Le grammairien de l’Université, Madeleine Sauvé ». À l’automne 1980, elle publie cinq fiches sur la féminisation des titres (Fiches no 148 à 152). Ses références sont d’abord l’avis de l’Office québécois de la langue française, publié dans la Gazette officielle du Québec le 28 juillet 1979, mais aussi des articles de revues spécialisées (Meta, C’est-à-dire, etc.), ainsi que plusieurs grammaires. À compter de cette date, elle signe ses fiches « La grammairienne de l’Université ». C’est en 1988 que l’Université de Montréal, sur la recommandation de son Comité permanent sur le statut de la femme, a proposé son Guide de féminisation : titres et fonctions à l’Université de Montréal (40.15), élaboré avec la collaboration de Madeleine Sauvé.

La distribution des Observations, commencée en 1972 pour le personnel de l’Université, a rapidement été étendue, sur abonnement, aux personnes de l’extérieur intéressées par le sujet. Les Observations grammaticales et terminologiques de Madeleine Sauvé se retrouvent donc citées dans les sources d’ouvrages comme le Multidictionnaire de la langue française (publié depuis 1988), dans le Guide du rédacteur de l’administration fédérale (depuis 1983), dans Le français au bureau (depuis 1977) et d’autres encore, qui connaissent tous des rééditions dans lesquelles figure toujours la référence au travail de Madeleine Sauvé.

Le Centre de communication écrite tient à souligner l’ampleur et la qualité du travail accompli par madame Sauvé. Bien qu’avec modestie, il est fier de s’inscrire dans la lignée de cette amoureuse d’une langue française claire et respectueuse de ses règles, à qui l’Université de Montréal a permis de jouer le rôle qu’elle a magnifiquement tenu au cours des ans.

Bravo Madame!

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